221 0

Quand la mode se tourne vers le monde oriental

Depuis petite mon univers a jonglé entre deux mondes que tout oppose : d’une part le monde occidental avec des femmes libres, pouvant s’habiller comme elles le souhaitent et faire leur vie comme bon leur semble ; et de l’autre le monde oriental où les femmes sont voilées de la tête aux pieds, privées de nombreuses libertés et ne pouvant afficher leurs corps dans les rues. Ces femmes voilées sont ma famille, ma grand-mère, mes tantes, mes cousines et pourtant il m’a fallu longtemps avant de comprendre cette vision de la vie qu’elles mènent au quotidien.

En Iran le port du voile est obligatoire, plus précisément le port du hijab accompagné d’un manteau long afin de couvrir au maximum le corps de la femme. Et pourtant au fil des années une nouvelle génération, grandissante, flirte et défie les lois de l’Islam. Une génération qui souhaite plus de liberté, plus d’égalité avec les pays occidentaux et qui provoque le gouvernement avec leur style vestimentaire.

Mais pourquoi le mot « voile » ne pourrait pas fonctionner avec la mode ? Pourquoi ces femmes que j’admire tant par leur combat, ne peuvent être habillées et suivre les tendances mode comme moi ?

Les femmes orientales font, à mes yeux, partie des plus belles femmes du monde : leurs cheveux lisses brillent de milles feux, leur peau reste dorée tout au long de l’année et leur regard perçant vous transperce …

Mode et Islam ne sont pas, pour moi, incompatibles. Respecter les codes vestimentaires musulmans n’empêche pas d’adopter les tendances du moment, à condition qu’elles soient conformes aux obligations religieuses en matière d’habillement. Conscientes de l’enjeu économique que représente le marché lucratif des pays orientaux, les marques commencent à adapter leurs collections.

Après le marché asiatique, les marques de luxe semblent aujourd’hui désireuses d’adapter leurs collections à leurs nouveaux clients originaires du Moyen-Orient. Le monde musulman représente un enjeu économique majeur pour le secteur de la mode, qui atteindra 484 milliards de dollars en 2019. Dans une interview à la revue International Business Times, Reina Lewis chercheuse et auteure d’un ouvrage récent sur la mode dans le monde musulman, clarifie la situation. « Il y a un marché grandissant pour ce que l’on appelle la « mode modeste ». La population musulmane est globalement jeune et en augmentation. Jusqu’à présent, le marketing ne s’adressait aux musulmans que pour vendre des produits alimentaires et financiers. Mais je pense que la mode est en train de prendre la troisième place. »

Il faut dire que le marché est d’importance et que jusqu’ici, les riches musulmanes du Golfe étaient ignorées des grandes maisons de couture. Clientes, elles le sont, mais les vêtements qu’elles s’offrent ne sont malheureusement portables qu’en privé. Le monde du luxe commence, je pense, à comprendre qu’il serait désormais intéressant de proposer un vestiaire islamo-compatible au marché du Moyen-Orient. En effet, la maison de couture parisienne Chanel a défilé en 2015 à Dubaï, une femme voilée (Maria Hidrissi) a posé dans une campagne de la marque suédoise H&M. L’enseigne espagnole Mango, elle, a lancé une collection spéciale ramadan, le géant japonais Uniqlo a collaboré avec la blogueuse britannique Hana Tajima (blogueuse portant l’hijab). Sur Internet aussi, les youtubeuses et blogueuses de confession musulmane, comme Dina Toki-O, Amena ou la Française Nadiya B, prodiguent avec succès leurs conseils mode, maquillage et recettes halals.

Ces nouvelles initiatives semblent avoir fait écho chez Stefano Gabbana, puisque le designer italien de la marque Dolce & Gabbana propose en 2016 une collection entière de hijabs et d’abayas (une robe longue, assez ample, qui couvre tout le corps excepté le visage, les mains et les pieds) destinée aux femmes des Émirats arabes unis. « Les musulmans représentent 22% de la population mondiale et leurs exigences vestimentaires sont trop souvent délaissées par les grandes maisons de couture et de prêt-à-porter européennes », ont déclaré Stefano Dolce et Domenico Gabbana.

Si cette collection, dévoilée en exclusivité sur Style.com/Arabia, se compose principalement de noir et de beige, on retrouve également quelques motifs et matières chères à la maison Dolce & Gabbana, telles que les broderies ou les fleurs. À l’occasion d’une interview réalisée par le journal émirati The National, en juillet dernier, Stefano Gabbana expliquait d’ailleurs : « Je suis vraiment fasciné par le Moyen-Orient, et nous venons de terminer une collection prêt-à-porter d’abayas et de shaylas (une sorte de hijab long qui s’enroule autour du cou). Les pièces ont des lacets, des broderies et quelques imprimés, mais pas trop. Elles seront disponibles dans les Émirats arabes unis en octobre. »

Du pain bénit pour les « hijabistas », ces modeuses qui aiment associer talons hauts et hijab. Mais qui sont-elles ?  « Hijabista » est la contraction des termes « hijab » et « fashionista », qui désigne cette nouvelle génération de femmes musulmanes passionnées de mode mais qui souhaitent respecter leur foi. Depuis quelques années, des blogueuses musulmanes voilées essaient de réinventer le voile en mettant en valeur la féminité, tout en restant conformes à l’Islam qu’elles pratiquent. Des centaines de blogs y sont consacrés, les pages Facebook se multiplient et Youtube est inondé de tutoriels sur les meilleures façons de porter le foulard… tout en restant stylées! Sur Instagram, les hijabistas partagent des photos de leur « look du jour ». Celles-ci jouent volontairement avec la frontière de ce qui est permis ou non dans leur religion. En mélangeant les couleurs et les motifs, la dentelle ou la soie, des éléments courts et longs. Et le résultat est splendide, une femme voilée peut paraître tout autant élégante, urbaine et à la pointe de la mode qu’une femme qui ne l’est pas, comme nous le montre Habiba Da Silva, Saufeeya Goodson, Ascia et bien d’autres sur leurs comptes Instagram.

Féminines, passionnées de mode et fières de leur identité culturelle, ces influenceuses ont construit leur réseau autour d’un sujet de niche : la mode et le monde musulman. « Les femmes musulmanes sont proactives, énergiques et influentes et elles font bouger les choses. Elles veulent prendre la parole et faire valoir leur identité à leur façon, avec leurs propres termes. La mode en fait partie », explique Shelina Janmohamed, vice-présidente de l’agence de publicité Ogilvy Noor depuis 2011 et blogueuse depuis 2006.

Vous l’aurez compris, ces hijabistas veulent relooker l’image de la femme musulmane voilée pour en donner une toute autre image, loin des clichés. Le vêtement figure aujourd’hui parmi les signes les plus évidents de cette soif de reconnaissance identitaire. Et je soutiens ces femmes qui se battent pour leur liberté et leur droit vestimentaire, un combat qui nous femmes occidentales nous semble tellement improbable.

Ironie du sort, j’ai décidé de poursuivre mes études de communication dans le domaine de la mode; mode occidentale où les créateurs habillent des femmes libres. Mais je ne peux oublier cette autre partie de moi, mes origines, qui admire ces femmes du Moyen-Orient qui savent mêler avec brio religion et style vestimentaire. Dolce & Gabbana prouve aujourd’hui que le luxe peut être associe au Moyen-Orient, une orientation qui me semble aujourd’hui inconcevable de nier …

 

 

 

Related Post

SAVAGE, Ecofriendly Clothes

De nos jours, nombreuses sont les marques qui
Continue Reading

Leave a Comment:

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *